10 000 femmes dirigeantes à recruter en 5 ans : un défi.
By Alexia Boeckx, Co-Founder
Vous ne connaissez pas encore la Loi Rixain ?
Il s’agit de quotas imposant à toutes les entreprises de plus de 1 000 salariés de compter au moins 40 % de femmes d'ici 2030 au sein de leurs instances dirigeantes. À défaut, des sanctions conséquentes sont prévues, avec des amendes pouvant atteindre 1 % de la masse salariale de l’entreprise. Après la féminisation des conseils d’administration avec la Loi Copé-Zimmermann il y a 10 ans, ce sont maintenant les comités de direction qui doivent se conformer à cette nouvelle obligation de parité.
Est-ce que la féminisation du leadership avance?
La féminisation du monde du travail progresse évidemment depuis plusieurs années, mais des disparités subsistent, surtout au sommet des entreprises. Chez AFemaleAgency (AFA), nous constatons ces progrès notamment aux niveaux opérationnels, mais le déficit de représentation des femmes dans les instances dirigeantes reste préoccupant. Actuellement, les femmes ne représentent en moyenne que 20 % des comités de direction en France.
Plusieurs raisons expliquent cet écart côté entreprise, parmi lesquelles une méconnaissance des bonnes pratiques de recrutement, une culture d’entreprise inadéquate, un manque de candidatures féminines pour certains postes, et une volonté de féminisation encore trop timide à haut niveau.
Selon une analyse que nous avons récemment menée, il manquerait plus de 10 000 femmes dans les comités de direction pour atteindre les quotas fixés par la Loi Rixain. C’est un chiffre impressionnant, d’autant plus que ces recrutements devront être effectués rapidement puisque la première application de la loi s’opère dès 2027, où 30 % de femmes devront déjà être présentes dans ces instances.
Recruter 10 000 femmes dirigeantes est réellement un défi. Pour donner un ordre d’idée, les plus grands cabinets de recrutement au monde, souvent désignés sous le nom de "SHREK", réalisent entre 3 000 et 4 000 recrutements annuels de cadres dirigeants, tous genres confondus, à l’échelle mondiale. Or, ici, il s'agit uniquement de la France et de dirigeantes femmes.
Les quotas, une nécessité temporaire.
Comme souvent, l’instauration de quotas provoque des débats : Les femmes recrutées seront-elles les plus qualifiées ? Ces recrutements seront-ils basés sur le mérite ou sont-ils avant tout symboliques ? Est-il juste de favoriser des femmes au détriment d'hommes tout aussi compétents ?
Ces questions, bien que légitimes, ne doivent pas masquer les résultats ultra positifs des précédentes législations. La loi Copé-Zimmermann, par exemple, a fait passer la proportion de femmes dans les conseils d’administration de 10 % à 46 % en une décennie. Elle est aujourd’hui une référence et les conseils d’administration ne sauraient imaginer retourner à une situation déséquilibrée.
L'objectif n'est pas de favoriser une femme simplement parce qu'elle est une femme, mais de permettre à des profils compétents, souvent écartés, de prendre la place qui leur revient. C’est avant tout une mesure à la portée temporaire, visant à rétablir un équilibre sans chercher à sur-représenter les femmes. Chez AFA, nous avons la conviction profonde qu'une intervention artificielle est nécessaire jusqu'à ce que cette nouvelle normalité s’installe d'elle-même.
Des dirigeantes recrutées avant tout pour leurs compétences.
Le véritable enjeu réside désormais dans la capacité des entreprises à recruter ces 10 000 femmes dirigeantes.
Féminiser légèrement les pratiques de recrutement ne suffira pas. Les entreprises vont devoir adopter des politiques de recrutement sincères, ambitieuses et de véritables perspectives d’évolution en interne pour attirer, convaincre et surtout retenir ces talents féminins au-delà des simples objectifs de quotas. Les dirigeantes souhaitent, en effet, être recrutées avant tout pour leurs compétences et non en raison de leur genre.